Alpina 3/2003

Beaucoup sont aujourd'hui trop préoccupés de leur petite personne pour s'intéresser aux autres. L'hédonisme ambiant et la culture du plaisir revendiquée comme un droit prioritaire rendent ces gens insensibles à toute sollicitation ne répondant pas à leurs intérêts immédiats et personnels. L'altruisme implique une attitude tout à fait différente. Nombre de Grandes Loges à travers le monde postulent dans leur déclaration de principes la pratique de l'altruisme, de même que des associations ou sociétés qui à titres divers visent à améliorer les conditions de vie. L'effort est louable en soi mais prendra sa vraie valeur s'il vient du cœur, non s'il découle d'un code moral particulier auquel on aurait souscrit et par lequel on allègerait davantage sa propre conscience que les infortunes de l'humanité.

L'action altruiste désintéressée, sans rien escompter en retour, voire l'action anonyme en certains cas, nous semble être la seule qui vaille. Peut-être est-ce pour cela qu'elle n'est pas si courante. Il est un peu facile de se décharger de son devoir d'altruisme sur les grandes organisations internationales en déclarant qu'après tout, leur travail consiste précisément à soulager les misères du monde; en plus elles disposeraient des moyens financiers adéquats pour ce faire. Une telle vision minimise la responsabilité de chacun face à autrui. Partout, cependant, l'individu avant le groupe détermine le sens de l'acte généreux.

L'altruiste véritable, pensons-nous, se soucie des besoins de l'autre et doit se connaître lui-même au préalable, être apte à l'écoute attentive comme au geste spontané. Dans son expression profonde il concrétise un sentiment de charité et d'amour à l'égard du prochain. L'esprit du don est d'ailleurs également présent dans l'univers animal. Et que dire d'un arbre ou d'un champ qui offre sa production sans retenue ? L'altruisme ne devrait pas être un sacrifice mais précisément un don. Il sous-entend que l'on accorde à l'autre sa pleine dignité, c'est-à-dire la même valeur fondamentale qu'à soimême. Que nous agissions selon un schéma rationnel, poussé par un impératif de notre nature, selon une logique optimisant le devenir de l'humanité, ou selon une sincère émotion devant la souffrance, la finalité est la même: le perfectionnement de notre monde dans lequel nous passons un temps trop court.

Jacques Tornay

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