Alpina 4/2002

Carl Gustav Jung le premier a mis en exergue l'importance des symboles dans notre vie inconsciente - vie qui représenterait plus de la moitié d'une existence humaine - et leur expression privilégiée par l'entremise du rêve. Dans l'ouvrage qui l'occupa jusqu'aux derniers jours de sa vie, L'homme et ses symboles, il s'emploie à démontrer l'étendue d'un univers que chacun porte en soi, enfoui, complexe, prêt à se révéler, un univers crypté qu'il s'agit d'harmoniser avec notre être conscient afin que nous devenions des personnes «unifiées», aptes à la connaissance.

Le symbolisme est partout, il transcende même les frontières que l'on voudrait établir entre le profane et le sacré, il est omniprésent dès les racines de l'humanité.

On ne peut espérer en comprendre qu'une infime partie à travers la chaîne ininterrompue des civilisations et pourtant, les signes, les images, dans leur multitude ne cessent d'attirer notre attention, de vouloir entrer en relation avec chacun d'entre nous en particulier afin de transmettre un savoir qui s'abreuve aux sources les plus diverses. Certes, le matérialisme, les préoccupations immédiates et la vie contingente éloignent de l'individu le symbolisme des profondeurs mais ils ne l'abolissent pas. On a beaucoup écrit sur l'importance de l'intuition dans l'approche du symbole. Il est vrai que celui-ci a davantage d'affinités avec la poésie qu'avec la philosophie, même si la raison discursive a sa part dans le processus déclenché vers la quête symbolique.

Le symbole n'est pas unilatéral, il serait contre-productif de vouloir lui assigner un sens unique, et c'est parce qu'il exprime une signification plurielle qu'il permet une grande ouverture d'esprit et une perception affinée de réalités immatérielles. Il suggère plus qu'il n'indique. On n'en fait jamais le tour complet. Il s'agit seulement d'être disponible comme on peut l'être devant un panorama, en cherchant à se familiariser avec lui et par conséquent se familiariser avec soi-même. Il y entre forcément cette alchimie de subjectif et d'objectif, de fini et d'infini…

Il convenait de réserver un thème central de notre revue à ce langage tellement riche, et inexploré dans une large mesure, des symboles. Que ce langage nous parle véritablement est la seule attente que nous puissions formuler.

Jacques Tornay

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