Alpina 2/2004

La notion de sagesse s’inscrit dans nos travaux. Elle y est évoquée, parfois à plusieurs reprises, de même que son nom figure dans certains de nos textes fondateurs comme le Regius, de 1390: «Le métier de maçonnerie vit son commencement/Quand le clerc Euclide dans sa grande sagesse/Fonda le métier en pays d’Egypte». Parmi les écrits innombrables sur le sujet dans le domaine des religions nous mentionnerons Le Livre de la Sagesse de l’Ancien Testament, partie attribuée à Salomon. La sagesse est liée à la connaissance, au savoir, à un comportement avisé en toute situation. Souvent de nos jours on l’assimile à une résignation, à un renoncement devant un état de fait apparemment irréversible.

Ne faudrait-il pas au contraire la concevoir comme une dynamique nous permettant d’estimer le pour et le contre de chaque chose et de corriger ce qui peut l’être? La vraie sagesse n’est pas une vertu qui s’exhibe, elle est discrète, intérieure, s’adresse au coeur autant qu’à l’intellect et réconcilie les personnes au même titre que les peuples à condition de réciprocité. Elle oeuvre en faveur de la concorde. On peut la formuler en termes abstraits mais aussi très prosaïques. N’étant pas l’apanage d’une élite, elle s’adresse à tous, même si elle s’exprime différemment. Il s’agit davantage d’un comportement individuel que d’un enseignement codifié, elle est davantage portée par un bon sens universellement admis que par une morale particulière. Nul ne peut la revendiquer pour soimême. La sagesse ne nous paraît pas transmissible; on pourra en inculquer les principes mais guère la faire vivre dans l’esprit d’autrui, elle se livre par l’expérience personnelle que chacun se forge du monde et de ses frères et soeurs en humanité, et aussi par notre rapport à la nature, qui a beaucoup à nous apprendre. Etre vraiment sage serait ne rien faire et dire que nous pourrions regretter par la suite. Est-il un seul d’entre nous qui en soit capable?

Jacques Tornay

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